Friday 12 november 2010 5 12 /11 /Nov /2010 15:50

"Maintenant ils veulent juste faire du fric"

Je suis toujours étonné de voir avec quelle facilité nous avons un avis sur tout.

L'automne est revenu et avec lui son lot de feuilles mortes qu'on "pourrait quand même ramasser, c'est glissant", son ciel gris "nan mais vous avez vu ça? ah je vous jure on n'est pas gâté", et puis l'indispensable "oh bah moi, j'ai remis le chauffage, hein".

Mais d'une manière générale tout du monde qui nous entoure est sujet à notre interprétation et notre avis, qu'il soit réfléchit ou formulé hâtivement. Tout ou presque. Est-ce que vous aurez aussi facilement un avis sur les innondations au Sri-Lanka ou la dette des pays en voie de développement ?

 

"Avant sur scène, ils avaient un vrai contact avec le public, maintenant ils font leur truc, ils prennent le cash et ils se barrent."

L'exemple des groupes de musique est frappant. Avec un cachet moyen avoisinant le million d'euros et des concerts joués dans des stades toujours plus grands, Muse était hier soir l'objet d'une vive critique de la part d'un camarade d'apéro au quartier latin. "Je suis allé les voir trois fois et j'ai carrément vu la différence. Avant ils étaient à fond, il y avait de la spontanéité, de l'impro,... Là ils font la même chose partout, y'a plus de surprise."

Mais à aucun moment ce susdit camarade ne s'interrogeait sur l'évolution intrinsèque d'un groupe de musique, que ce soit au niveau musical ou économique. Je ne cherche pas à défendre Muse, je souhaite seulement pointer du doigt la vitesse avec laquelle nous jugeons ce que nous ne maîtrisons pas toujours.

 

Le bon vieux temps

Tout était toujours mieux avant. Vous savez cette époque où on mourrait de l'appendicite et où on essayait d'éteindre une maison en feu à coup de seaux d'eau. Ou alors celle où on faisait Paris-Marseille en une semaine, et encore si le cheval était en forme. Et puis celle où la voiture que nous avions commandée il y a six mois vient d'arriver. Les exemples ne manquent pas.

chirurgien-.jpg

 

Alors je m'interroge réellement sur cette propension immortelle à toujours regarder derrière soi. Pourquoi cet "avant" était-il mieux? Parce qu'on ne connaît pas "l'après"? Donc la comparaison ne se fait invétiblement qu'entre le "maintenant" et "l'avant". Si aujourd'hui ne nous satisfait pas, hier était meilleur. Nous sommes binaires. Nous avons beau être dotés d'un cerveau capable de produire une réflexion complexe, dès qu'il s'agit de concepts immatériels (le temps, le goût, les sentiments,...), le cerveau patauge et compare au plus vite deux éléments distincts. Cette comparaison nous rassure. Elle nous donne l'illusion de réfléchir et d'avoir un avis mais en réalité, toujours penser qu'hier était mieux qu'aujourd'hui n'est que le refus d'avancer. Se raccrocher au passé c'est se rassurer. Mais être ouvert à l'avenir c'est évoluer.

 

Et alors?

Muse touche 1 million d'euros pour gratter une guitare et taper sur une batterie et ils ne parlent pas à leur public. Est-ce la première fois qu'on voit ça?

La neige va peut-être bloquer les autoroutes cet hiver. N'a-t-elle jamais rien pertubé?

Certains hommes politiquent mentent et se servent dans la caisse. Est-ce la première fois?

La retraite à taux plein à 67 ans. N'a-t-on jamais connu pire?

plainte-tcherno.jpg

Souriez, vous êtes filmés

Nous aimons nous plaindre parce que nous pensons exercer par là notre souverraineté, celle assurée par la démocratie dans laquelle nous vivons. Mais c'est un faux mécontentement. C'est une mode. Une attitude à avoir si nous ne voulons pas être suspect parmis les plaigneurs professionnels.

"Aujourd'hui être heureux c'est faire de la résistance", me disait la dame qui a eu la bonne idée de me mettre au monde. Et c'est vrai que sourire à son voisin dans le train et lui dire bonjour, ce n'est pas ce qui vient spontanément à tout le monde. Pourtant dans une société ou le masque triste est de rigueur, une simple attention est une arme redoutable. Il faut remettre en perspective ce qui, de prime abord, nous déplaît. N'y a-t-il pas d'autres combats à mener? Se plaindre éternellement c'est s'endormir devant la télé. On se réveille au générique de fin : "J'ai tout raté".

 

Alors, en plus de garder les yeux ouverts : rangeons le masque.


By Etienne Ster - Posted in: Patchwork de pensées
Enter comment - View the 3 comments
Wednesday 27 october 2010 3 27 /10 /Oct /2010 12:48

Il y a ceux qu'on abandonne avant même la fin.

Il y a ceux qui se la jouent Morphée.

Il y a ceux qu'on a le courage d'accompagner jusqu'au bout.

Il y a ceux qui nous emmène doucement jusqu'au mot "Fin" sans qu'on s'en rende compte.

Et puis il y a ceux qui nous saisissent par les tripes, par ce qui fait notre condition humaine.

 

PETITSMOUCHOIRS--450-x-600-.jpg

 

Les Petits Mouchoirs c'est un film de Guillaume Canet alors on sait d'avance qu'on aura toutes les filles normalement constituées sur le coup. Et comme les hommes ne sont pas que des égoïstes immatures sans coeur, ils vont aussi voir ce long métrage dont on leur a dit tant de bien. Souvent, même, ils ont été conseillé par leur mère à qui ils ont rétorqué que "les films français c'est rien qu'des bouses de toute façon" alors que ça les étonnerait "pas qu'un peu d'y aller le voir ce film au titre à la con".

 

"On rit et on pleure"

Mais comme le bouche à oreille est la plus vieille forme de promotion (ou d'avertissement, par exemple : "N'allez surtout pas voir The Expandable") et surtout la plus efficace, nos hommes se sont finalement laissés convaincre. "Mais c'est juste pour Gilles Lellouche que j'y vais."

Après un générique qu'il en avait jamais vu des comme ça, avec le silence et tout et Dujardin sur son scooter dans un Paris qui s'éveille, l'homme sursaute au choc sec brutal. Il s'empresse de toussoter un peu et de faire mine que son dos le gratte affreusement, d'où le brusque mouvement. Mais il est pas au bout de ses peines le pauvre homme. Il va rire, parfois très fort pour marquer sa virilité sur la salle pleine à craquer du Gaumont Opéra, tel le lynx de la savane marquant son territoire à coup d'urine pour dire "même pô peur". Il va sourire, un peu attendri. Heureusement il fait noir ; personne le voit. Le voilà en confiance pour finalement se laisser emporter par une écriture intelligente, lucide, fine et remarquablement précise. Guillaume Canet l'emmène sur l'Atlantique, lui montre sa chambre, trinque avec lui, le fait monter sur son bateau, lui présente ses amis, lui parle à coeur ouvert. Parce que c'est ça les Petits Mouchoirs : un réalisateur et des comédiens qui se déshabillent pour porter tous ensemble l'histoire la plus banale de l'humanité mais aussi la plus difficile à peindre : celle de la nature humaine.

 

lespetitsmouchoirs01.jpg

 

"Z'auriez pas un Klinèxe?"

La force de ces 2 heures 34 minutes est de rendre, grâce notamment au soucis du détail, une histoire ordinaire irrésistiblement captivante. A l'image des romans de Siri Hustvedt, ou d'Anna Gavalda pour les plus Cocorico d'entre vous, l'insoutenable légèreté de l'être (comme disait mon bon ami Milan Kundera) y trône, un peu comme l'homme à abattre ou au moins à capturer afin de tenter d'en retirer des clés de compréhension. Guillaume Canet pose l'homme au centre d'une réflexion affutée et mure.

L'autre point fort réside dans la nature intrinsèque de l'histoire. En parlant de nous, de nos vacances, de nos amis, de nos vies, l'histoire nous touche et nous concerne forcément. Rares sont les films qui maintiennent le spectateur dans un état de tristesse ridiculeusement avancée aussi longtemps. Je pense à la dernière partie du film. D'ordinnaire les larmes montent ou coulent mais toujours de manière éphémère.

 

"Mouais, bof"

A côté d'une lucidité dans l'écriture, on peut cependant regretter la clope et le verre de rouge, greffés aux mains de Marion Cotillard, qui au lieu d'alimenter l'histoire construisent plutôt un cliché. Dommage aussi la certaine facilité dans la réconciliation finale de Juliette et Antoine.

Et dommage surtout, les placements de produits qui nous sortent du film dès qu'on y est rerentré : la télévision Sharp, les basket Nike, le maillot Adidas, la guitare Gibson,... Je ne dis pas que c'est le seul film à le faire et je ne remets pas en question les apports financiers offerts par ce procédé, je déplore seulement l'incessante infiltration de la consommation, même dans une si belle histoire dont on voudrait qu'elle soit pure et qu'elle ne se disperse pas.

 

lespetitsmouchoirs02.jpg

 

Alors, "daube" ou "grand moment de cinéma" ?

Malgré des scènes et des comportements parfois un peu prévisibles et malgré l'arrivée exagérément théâtrale de Jean-Louis et son sac de sable à la fin du film, Les Petits Mouchoirs reste une photographie juste et passionée. A 37 ans, Guillaume Canet nous offre un regard mûr et se met à nu à travers une distribution attachante, même si parfois un peu effacée. François Cluzet est à se tordre de rire quand Gilles Lellouche ne semble pas briller aussi fort qu'il le pourrait. On redécouvre Benoît Magimel avec plaisir tandis qu'on voit Marion Cotillard comme un plat unique, encore et toujours resservi.

Mais c'est là le propre de la création artistique : susciter une subjectivité inévitable.

 

Alors pour ceux qui ne l'auraient pas encore vu, je vous invite à y aller.

Pour les autres, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé en laissant un commentaire sur l'article.

By Etienne - Posted in: Coups de coeur
Enter comment - View the 2 comments
Thursday 21 october 2010 4 21 /10 /Oct /2010 16:49

Originaire de Chicago et Washington DC, Ok Go est un groupe de musique formé en 1998 par quatre adolescents à peu près pubères en quête de sensations pop fortes.

 

ok go

 

Ils font irruption avec des clips montés au stroboscope et plantent un univers particulier, à coup de tondeuse à gazon, têtes de cerfs et autres sacs poubelle (Get Over It, 2002).

En 2006, leur clip "Here it goes again" fait un carton sur YouTube (visionnée 52 858 386 fois à ce jour) et les consacre sur la scène mondiale des couleurs qui flashent et des jeans qui serrent. On les voit  sur des tapis roulant, exécuter une chorégraphie réglée au millimètre.

Construits sur une puissance chorégraphique indéniable et surprenante, les clips d'Ok Go nous font s'envoler aux côtés de ces quatres ricains célèstes, mi-anges mi-allumés.

Paré au décollage, bouclez vos ceintures.

 

This Too Shall Pass (2010)

 

Et puis comme si c'était pas encore assez difficile comme ça, ils ont la bonne idée de faire ce clip :

White Knuckles (2010)

 

Faites aussi un tour sur la page Vidéos de leur site internet, elles sont impressionnantes.

By Etienne - Posted in: Coups de coeur
Enter comment - View the 0 comments
Tuesday 19 october 2010 2 19 /10 /Oct /2010 17:16

 Du haut de ces 1 500 000 visites quotidiennes, Failblog nous propose tous les jours des photos ou vidéos humoristiques de scènes de ratages, de panneaux absurdes ou encore d'accidents stupides, sur lesquelles est aposée la mention "Fail" (ratage) ou à l'inverse "Win".

 

failblog_2.jpg

 

Et comme dans un monde plus concurrentiel que jamais, tout est affaire de communication, je vous fait partager un "win" qui mérite largement son titre.

 

failblog.jpg

"Mangez ici ou on aura tous faim"

 

Je vous invite à faire un tour sur Failblog, ça vaut le détour.

By Etienne - Posted in: Coups de coeur
Enter comment - View the 1 comments
Saturday 16 october 2010 6 16 /10 /Oct /2010 19:31

A l'heure où le monde dans lequel on vit est dépeint par les médias de notre temps avec une noirceur toute Rembranssienne,

A l'heure où "le français est con", l'américain "gros" et le chinois "bridé",

A l'heure où Francis Lalanne chante encore,

Il est toujours bon de se rappeler combien l'être humain peut parfois faire preuve d'un regain de gaieté et laisser claquer ses talons en rythme sur les pavés de sa vie.

 

"Where the hell is Matt?" c'est une parabole. Une belle histoire dans un monde qu'on veut triste, égoïste et sale.

Pourtant, du Japon au Texas, des Pays-Bas au Bhoutan, de la France aux Philippines, il n'y a qu'un sourire ; celui d'une humanité qui en a marre de devoir porter le masque de la solitude.

 

By Etienne - Posted in: Coups de coeur
Enter comment - View the 0 comments

Présentation

Retrouvez-moi

sur Viadéo

sur Calaméo : le book de mes réalisations graphiques et écrites - DUT Infocom (2007-2009)

Create your blog for free on over-blog.com - Contact - Terms of Service - Earn Royalties - Report abuse - Most commented articles